La CEDEAO, à travers l’Agence Régionale pour l’Agriculture et l’Alimentation (ARAA) et avec l’appui de la Banque mondiale dans le cadre du Programme de Résilience du Système Alimentaire en Afrique de l’Ouest (PRSA/FSRP), a organisé, le 29 octobre 2025 par visioconférence, un atelier régional de validation et de dissémination des résultats de l’étude de faisabilité d’un instrument régional de financement des risques agricoles et alimentaires au profit de la Réserve Régionale de Sécurité Alimentaire (RRSA).
Cette rencontre a réuni une quarantaine de représentants des États membres, des institutions régionales (CEDEAO, UEMOA, CILSS, BIDC), des partenaires techniques et financiers (Banque mondiale, PAM, FAO) ainsi que le cabinet WTW/Munich Re. En une demi-journée de travaux, les participants ont approuvé les résultats techniques de l’étude, discuté des conclusions opérationnelles et identifié les principales étapes pour la mise en œuvre du futur dispositif.
Depuis sa création en 2013, la RRSA constitue un instrument essentiel de solidarité et de réponse rapide face aux crises alimentaires. Toutefois, face à l’intensification des chocs et à l’ampleur croissante des besoins financiers, la seule mobilisation de stocks physiques ne suffit plus à répondre efficacement aux crises alimentaires ni à garantir durablement la sécurité alimentaire, en appui aux efforts déployés par les pays de la région. C’est dans cette perspective qu’a été engagée la conception d’un mécanisme régional de financement des risques (Disaster Risk Financing – DRF), visant à compléter et à renforcer la fonction de la réserve régionale.
Ce mécanisme innovant permettra, à terme, à la CEDEAO de disposer de ressources financières anticipées, déclenchées de manière objective, transparente et rapide grâce à l’utilisation d’indices paramétriques. Il s’agit d’une évolution majeure, marquant le passage d’une logique de réaction à une véritable culture de prévention.
L’étude de faisabilité, conduite par le consortium Willis Towers Watson (WTW) et Munich Re sous la supervision de la Banque mondiale et de la CEDEAO, a posé les bases techniques et institutionnelles nécessaires à l’opérationnalisation de ce dispositif. Les participants ont pu examiner en détail les risques agricoles et alimentaires caractérisant la région, sur la base des indices SPI-3 et des analyses du Cadre Harmonisé. Ils ont également pris connaissance des résultats comparatifs de différents instruments financiers (assurance paramétrique, lignes de crédit contingentes, etc.).
Les échanges ont révélé la sous-capacité actuelle de la RRSA, laquelle limite son rôle comme troisième ligne de défense au niveau régional, ainsi que la non-viabilité immédiate d’une assurance paramétrique autonome en raison de son coût et de ses exigences institutionnelles. Dans cette optique, les participants ont souligné la nécessité de structurer une réserve financière, de définir un système de déclenchement prédictible et d’explorer des approches hybrides incluant notamment des solutions de crédit contingentes et des partenariats avec l’ARC et le PAM.
Au terme des travaux, les trois rapports techniques ont été validés et les recommandations suivantes ont été formulées : (i) expérimenter, à court terme, des solutions pilotes fondées sur les indices SPI-3 et CH, tout en renforçant la gouvernance opérationnelle et financière de la RRSA ; (ii) consolider, à moyen terme, les capacités techniques et institutionnelles de la réserve et tester un mécanisme régional multi-indices ; (iii) opérationnaliser, à long terme, un mécanisme d’assurance régional autonome, intégré à la stratégie de résilience et de souveraineté alimentaire de la CEDEAO.