Chaque année, des chercheurs, entrepreneurs, organisations de producteurs et jeunes innovateurs développent des solutions capables d’améliorer la productivité, de renforcer la résilience climatique et de créer des opportunités économiques dans les zones rurales. Pourtant, beaucoup de ces innovations peinent à franchir l’étape de laboratoire, de l’atelier ou du prototype à une adoption effective par les producteurs et les marchés.
C’est précisément pour relever ce défi que le Prix de l’Innovation Agricole Abdoulaye Touré (PIA-AT) a été créé par le CORAF, avec l’appui du Programme de Résilience des Systèmes Alimentaires en Afrique de l’Ouest (FSRP) financé par la Banque mondiale.
Bien plus qu’une simple distinction, ce prix constitue aujourd’hui un véritable mécanisme d’accélération de l’innovation agricole, permettant aux porteurs de solutions de tester, améliorer, diffuser et mettre à l’échelle leurs technologies au bénéfice des agriculteurs, des agro-entrepreneurs et des consommateurs. "« Pour que les technologies développées dans les laboratoires et les start-up atteignent les producteurs sur le terrain, il faut renforcer les passerelles entre la recherche, la vulgarisation, les politiques publiques et le secteur privé » affirme Dr Kalifa TRAORÉ, Président du Conseil d'Administration du CORAF.
De la recherche à l’adoption : la valeur ajoutée unique du PIA-Abdoulaye Touré
L’une des principales forces du prix réside dans sa capacité à combler le fossé qui sépare souvent l’innovation de son utilisation à grande échelle. Grâce au soutien du FSRP et de la Banque mondiale, le CORAF offre aux lauréats non seulement une reconnaissance, mais également les moyens d'améliorer leurs innovations, de démontrer leur efficacité sur le terrain et d’en favoriser l’adoption. "Le CORAF suggère, pour les 23 pays d'Afrique de l'ouest et du centre qui le constitue, une intégration de transfert de technologie et innovation agricole dans les politiques. Il s'agira de faire du transfert des innovations, une priorité dans les politiques agricoles nationale et régionale. Il faut une accélération des mécanismes de financement afin de créer et opérationnaliser les fonds régionaux dédié à l'innovation agricole", précise Dr Kalifa TRAORÉ.
Les résultats observés auprès des lauréats de la deuxième édition illustrent clairement cette dynamique.
Accélérer la mécanisation adaptée aux petits producteurs
Au Togo, M. M’bantana Guéma, premier prix de la catégorie 1, a consacré sa subvention au perfectionnement de solutions mécanisées pour la culture et la récolte du « egusi » (courge à graines).
Grâce au financement obtenu, il a pu :
Former 47 acteurs ruraux, dont des représentants de coopératives agricoles et des organisations féminines ;
Renforcer les compétences de six jeunes ruraux dans l’utilisation d’équipements mécanisés ;
Mettre en place une parcelle pilote de deux hectares pour tester son prototype de récolteuse-broyeuse ;
Fournir des services mécanisés à une coopérative regroupant 172 producteurs, dont 27 femmes.
Plus important encore, le prix lui a permis d’engager la fabrication de prototypes de récolteuse-broyeuse et d’une nouvelle décortiqueuse.
Renforcer les innovations biologiques pour une agriculture résiliente
La deuxième lauréate de la catégorie 1, Mme Mariamma Faye, a utilisé son financement pour améliorer le procédé de production du Silicoderma, un biostimulant et biocide à base de micro-organismes bénéfiques.
Le soutien reçu du CORAF lui a permis :
d’optimiser la croissance du champignon Trichoderma ;
d’améliorer les processus biologiques favorisant la production des molécules recherchées ;
de renforcer les techniques de récupération et de purification ;
d’acquérir des équipements adaptés à une production plus importante.
Ces améliorations ont permis de rendre la technologie plus robuste, plus fiable et plus facilement transférable vers une phase de commercialisation.
Le numérique au service des producteurs et des consommateurs
L’innovation agricole ne concerne pas uniquement les technologies de production. Elle concerne également l’organisation des marchés et la connexion entre producteurs et consommateurs.
C’est dans cette logique que Mme Hélène Ndiaye, du réseau RESAPAC et lauréate de la catégorie 3, a utilisé son financement pour mieux comprendre les attentes de sa clientèle grâce à une étude de marché approfondie.
Les résultats ont mis en évidence une forte confiance des consommateurs envers les produits agroécologiques commercialisés par RESAPAC. Ils ont également révélé la nécessité de développer un modèle économique plus moderne, combinant :
Les marchés physiques ;
Les systèmes de précommande ;
Les services de livraison ;
Les outils numériques simplifiés pour les achats.
Cette démarche ouvre la voie à une meilleure intégration du numérique dans les chaînes de valeur agricoles et permet aux producteurs de capter davantage de valeur ajoutée tout en répondant aux nouvelles attentes des consommateurs.
Un instrument stratégique du FSRP mis en œuvre par le CORAF
À travers le Prix de l’Innovation Agricole Abdoulaye Touré, le CORAF démontre qu’investir dans l’innovation ne signifie pas seulement financer la recherche. Il s’agit aussi de créer les conditions nécessaires pour que les innovations atteignent les exploitations agricoles, les entreprises et les marchés.
Le prix contribue ainsi à :
Accélérer l’adoption des technologies agricoles ;
Réduire le délai entre invention et mise en marché ;
Renforcer l’entrepreneuriat agricole ;
Créer des emplois pour les jeunes et les femmes ;
Favoriser la modernisation des systèmes alimentaires ;
Stimuler les échanges d’expériences entre les pays de la région.
Investir dans l’innovation pour construire les systèmes alimentaires de demain
Les 106 candidatures reçues pour cette troisième édition sont porteuses d’espoir pour l’avenir de l’agriculture ouest et centrafricaine. Derrière chacune d’elles se trouvent des solutions capables d’améliorer la productivité, de renforcer la résilience climatique, de réduire les pertes post-récolte et de créer de nouvelles opportunités économiques.