Depuis quelques années, les producteurs agricoles en Afrique de l’Ouest et au Sahel dépendent essentiellement de leur expérience ou des signes de la nature pour décider des dates de semis, des traitements phytosanitaires ou des récoltes. Mais avec le changement climatique, ces repères sont devenus de moins en moins fiables.
Au Ghana et au Togo, par exemples, les saisons des pluies arrivent parfois en retard, s'interrompent brutalement ou provoquent des précipitations exceptionnelles suivies de longues périodes de sécheresse. Ces perturbations entraînent des pertes importantes de récoltes de maïs, de riz, de sorgho, de mil ou encore de manioc.
Dans le même temps, les services météorologiques nationaux font face pour la majorité d’entre eux, à de nombreuses contraintes.
Les observations sont réalisées de manière manuelle, nécessitant des déplacements permanents des agents, des relevés papier et des traitements souvent longs avant la production des prévisions. Cette situation entraine souvent des données incomplètes, les prévisions sont publiées avec retard et leur diffusion vers les agriculteurs encore limitée contribuant ainsi à réduire la capacité des producteurs à anticiper les risques climatiques.
Dans le cadre de la mise en œuvre du programme de résilience du système alimentaire en Afrique de l’Ouest (FSRP) au Ghana et au Togo, les services météorologiques ont été renforcés en équipements pour leur automatisation en vue d’améliorer la qualité des observations, accélérer le traitement des données et de rendre l'information accessible aux producteurs agricoles.
Au Ghana, 20 stations météorologiques automatiques ont été installées sur l'ensemble du territoire. Ces équipements transmettent automatiquement les données climatiques à travers un serveur central, permettant aux ingénieurs météorologues de disposer d'informations continues et de meilleure qualité.
Pour Dr. Richmond Obeng, météorologue en chef au Ghana Meteorological Agency, l'automatisation représente une véritable révolution.
« Auparavant, une grande partie de notre temps était consacrée à la collecte manuelle des observations et à leur saisie. Les stations automatiques transmettent désormais les données en temps réel. Nous pouvons nous concentrer sur l'analyse, améliorer la qualité des prévisions et produire des conseils climatiques beaucoup plus rapidement pour les agriculteurs. »
Le programme a également soutenu la mise en place d'un centre national des opérations, véritable plateforme d'intégration des données agricoles et climatiques.
Grâce à cette infrastructure moderne, les services techniques élaborent désormais des calendriers culturaux spécifiques à chaque région et à chaque culture.
Les informations sont diffusées aux producteurs via la plateforme GAAP (Plateforme agricole et agroalimentaire du Ghana), les groupes WhatsApp, les SMS et d'autres outils numériques.
Aujourd'hui, plus de 1,3 million de producteurs ont accès aux informations agrométéorologiques pour mieux planifier leurs activités agricoles.
Dans la région Est du Ghana, Ademis Maejordem Joseph, Médecin de profession et producteur de maïs, constate un changement radical. « Avant, nous semions dès les premières pluies. Plusieurs fois, la pluie s'arrêtait pendant plusieurs semaines et nous perdions une partie de nos cultures. Aujourd'hui, grâce aux messages que nous recevons, nous connaissons les meilleures périodes pour semer. Nous économisons les semences, nous réduisons les pertes et nos rendements sont plus réguliers. Les informations météorologiques sont devenues un véritable outil de production. »
Au Togo, le FSRP accompagne l'Agence nationale de la météorologie (ANAMET) dans une modernisation profonde de ses infrastructures.

Le programme a permis la réhabilitation de 24 stations météorologiques automatiques, dont 8 stations hybrides combinant collecte automatique et observations manuelles.
En parallèle, 14 centres météorologiques ont été entièrement réhabilités afin de renforcer la couverture nationale.
Le FSRP a également investi dans le développement des compétences des agents de l'ANAMET grâce à des formations spécialisées organisées au Centre régional AGRHYMET de Niamey.
Les données collectées alimentent désormais des prévisions météorologiques plus précises, diffusées rapidement aux producteurs agricoles par le biais de plusieurs canaux de communication adaptés aux réalités locales, notamment les groupes WhatsApp, les SMS et messages vocaux, les radios communautaires, les applications météorologiques, les bulletins agrométéorologiques ainsi que les comités météorologiques mis en place dans les Zones d'aménagement agricole planifiées (ZAAP).
À Gadjagan, dans la préfecture d’Agou au Togo, Véronique Akou, productrice de maïs, et membre de la zone d’aménagement agricole planifiée (ZAAP) de Kloto consulte désormais régulièrement les informations météorologiques.
« Avant, nous travaillions presque à l'aveugle. Il arrivait que nous semions juste avant une longue période sèche. Aujourd'hui, grâce aux messages diffusés par les agents agricoles et les groupes WhatsApp, nous savons quand semer et quand appliquer les traitements. Nous gaspillons moins d'intrants et nos récoltes sont plus sécurisées. »
La ZAAP de Kloto est composée de 193 producteurs dont 92 femmes qui cultivent le maïs frais et le riz sur 106 hectares. Ils reçoivent des informations essentielles sur les dates de début et de fin de la saison agricole, les prévisions pluviométriques, les températures, les niveaux d'humidité, les périodes sèches, les risques d'inondation ou de sécheresse, ainsi que des conseils agrométéorologiques leur permettant de mieux planifier les semis, l'entretien des cultures et les opérations de récolte.
Les services aux producteurs sont instantanés et les relations entre les centres météorologiques et les producteurs plus directes à travers des plateformes interactives.
Pour le Chef du Centre météorologique de Sokodé, Isso Alassani Seid, la transformation est visible à tous les niveaux.
« Les nouvelles stations automatiques nous permettent d'obtenir des observations continues avec une grande précision. Les données sont disponibles presque instantanément et leur traitement est beaucoup plus rapide. Grâce aux formations reçues avec l'appui du FSRP, nos équipes maîtrisent mieux
l'analyse agrométéorologique et peuvent fournir aux producteurs des informations adaptées à leurs besoins. Nous sommes passés d'un système essentiellement réactif à un véritable service d'aide à la décision pour l'agriculture. »
Des bénéfices qui contribuent à améliorer la sécurité alimentaire des populations
Au Ghana et au Togo, l'automatisation des services météorologiques ne profite pas uniquement aux institutions.
Pour les producteurs, cette modernisation permet de choisir les meilleures dates de semis en fonction des prévisions climatiques, de réduire les pertes liées aux aléas météorologiques, de mieux planifier les traitements phytosanitaires et les récoltes, ainsi que d'améliorer les rendements tout en sécurisant leurs revenus. Pour les ingénieurs et techniciens météorologues, elle se traduit par des observations plus fiables, un gain de temps considérable grâce à l'automatisation de la collecte des données, une amélioration de la qualité et de la précision des prévisions, une diffusion plus rapide des alertes climatiques et un renforcement de leur capacité à fournir des informations et des conseils pertinents pour appuyer les politiques agricoles et la prise de décision des producteurs.
En modernisant les infrastructures météorologiques et en rapprochant les services climatiques des producteurs, le FSRP contribue à transformer durablement la manière dont les décisions agricoles sont prises en Afrique de l'Ouest.
Du Ghana au Togo, les données climatiques ne restent plus dans les centres météorologiques : elles arrivent désormais directement entre les mains des producteurs, au moment où ils en ont le plus besoin.
Cette modernisation de la collecte et de la diffusion des informations agrométéorologiques renforce la résilience des exploitations agricoles, améliore la sécurité alimentaire et démontre qu'une information climatique fiable peut être aussi précieuse qu'une bonne pluie.