Dans le village d’Essil, des chercheurs de l’ISRA testent une combinaison de riz hybride et de techniques agricoles intensives afin d’améliorer les rendements. Les agriculteurs réclament davantage de ressources pour exploiter ce potentiel.
Les premières récoltes ont été effectuées sous le regard attentif des chercheurs et des villageois. À Essil, village rizicole du département de Ziguinchor, dans le sud du Sénégal, les essais menés conjointement par le CORAF et l’Institut sénégalais de recherche agricole (ISRA) dans le cadre du programme FSRP financé par la Banque mondiale viennent de donner leurs résultats. Et ceux-ci sont jugés « encourageants » par les scientifiques et les communautés locales.
Sur une parcelle expérimentale de 1 200 mètres carrés, des variétés de riz hybrides originaires du Sénégal, du Mali et du Burkina Faso ont été cultivées selon le Système de riziculture intensive (SRI), une méthode qui réduit la quantité de semences utilisée tout en privilégiant la fertilisation organique. « Malgré un démarrage tardif, les variétés ont donné de bons résultats », note Simon Bassène, chercheur à la station de l’ISRA à Djibélor. Les plantes à cycle court, dont la période de croissance est d’environ 90 jours, se sont particulièrement bien adaptées aux régimes pluviométriques locaux.
Association de variétés de riz hybrides et du SRI
Ces essais s’inscrivent dans le cadre du Programme de résilience des systèmes alimentaires (FSRP), une initiative régionale financée par la Banque mondiale et coordonnée par la CEDEAO, le CILSS et le CORAF. L’objectif est d’identifier des technologies capables de renforcer la sécurité alimentaire dans une région où le riz constitue l’aliment de base, mais où les importations restent importantes.
« Les variétés hybrides sont reconnues pour leur fort potentiel de rendement. Les associer à la RSI répond à notre ambition d’améliorer considérablement la production », explique le Dr Niéyidouba Lamien, responsable de programme au CORAF et coordinateur du volet 2 du FSRP. Selon lui, les observations réalisées à Essil confirment la pertinence de cette approche, qui a déjà été testée dans la vallée du fleuve Sénégal et dans d’autres pays de la région.
Le défi de la mécanisation
Les agriculteurs d’Essil ont profité de la mission de suivi conjointe menée par les équipes du CORAF et de l’ISRA pour faire part de leurs préoccupations. « Avec l’outil traditionnel, le kajandou, nous ne pouvons cultiver qu’une petite partie des terres disponibles. Des rendements de deux à trois tonnes par hectare pourraient être atteints grâce à un soutien à la mécanisation et aux infrastructures hydro-agricoles », explique Charles Alex Sagna, chef de village et riziculteur.
Les agriculteurs réclament également l’achèvement des ouvrages de lutte contre la salinité, indispensables dans cette zone côtière où la salinisation des sols menace les cultures, ainsi qu’une meilleure disponibilité des semences. « L’augmentation de la demande en semences hybrides constituera un défi majeur pour les prochaines phases du programme. Nous tiendrons compte des préoccupations exprimées par les producteurs, notamment en matière de mécanisation, dans nos futures interventions », a assuré le Dr Niéyidouba Lamien.