Face au défi de nourrir une population en forte croissance, le CORAF a déployé un réseau de dix parcs technologiques et d’innovation agricoles dans huit pays. Du Sénégal au Tchad, en passant par la Sierra Leone, le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Ghana et le Togo, ces dix parcs transforment la manière dont les innovations éprouvées parviennent aux agriculteurs. Une réponse concrète à l’un des paradoxes les plus cruels de la région : disposer de technologies agricoles performantes, mais ne pas parvenir à les diffuser à grande échelle.
Selon une note technique publiée en décembre 2025 par le CORAF, ces parcs ont présenté 557 technologies et innovations en 2024. Des variétés de maïs résistantes à la sécheresse aux techniques d’élevage améliorées, en passant par les équipements de transformation post-récolte, l’éventail couvre l’ensemble de la chaîne de valeur agricole.
Des vitrines vivantes de l’innovation
« Les parcs technologiques et d’innovation agricoles sont des vitrines vivantes où les producteurs, les entreprises et les décideurs peuvent voir, toucher et comprendre les technologies avant de les adopter. Contrairement aux approches traditionnelles de vulgarisation, nous créons un lieu de rencontre entre ceux qui développent les innovations et ceux qui peuvent les diffuser à grande échelle », explique le Dr Niéyidouba Lamien, responsable de programme au CORAF et coordinateur du volet 2 du Programme de résilience des systèmes alimentaires en Afrique de l’Ouest (FSRP), qui assure une part importante du financement des parcs.
Cette initiative fait suite à un constat alarmant. En Afrique de l’Ouest, l’agriculture emploie près de 70 % de la population active, mais les rendements restent parmi les plus faibles au monde. La dégradation des sols, le changement climatique et le manque de semences améliorées freinent la productivité. Parallèlement, les centres de recherche accumulent des technologies éprouvées qui ne sortent jamais de leurs laboratoires.
QUELQUES CHIFFRES CLÉS
10 parcs technologiques dans 8 pays (Bénin, Burkina Faso, Tchad, Ghana, Mali, Niger, Sénégal, Sierra Leone, Togo)
557 technologies présentées en 2024
6 527 visiteurs, dont 40 % de femmes
52 accords de partenariat signés avec le secteur privé
Le secteur privé et les jeunes au cœur du système
L’un des résultats les plus marquants de l’année 2024 réside dans l’engagement massif du secteur privé. Sur les 81 organisations ayant manifesté leur intérêt, 52 ont officialisé des partenariats avec des instituts de recherche nationaux. Parmi elles, 70 % sont des acteurs privés : entreprises semencières, associations de producteurs, transformateurs agroalimentaires et médias spécialisés.
« Pour la première fois, nous voyons des entreprises semencières venir directement dans nos centres pour signer des accords de multiplication », explique un responsable du Centre de recherche agricole du Burkina Faso, où 22 partenariats ont été conclus. « La demande en semences de base a déjà augmenté. C’est le signe que le mécanisme fonctionne. »
Cette dynamique est d’autant plus remarquable qu’elle s’inscrit dans un contexte régional difficile. Au Mali, au Burkina Faso et au Niger, l’instabilité sécuritaire complique les activités agricoles. Pourtant, les parcs technologiques et d’innovation agricoles continuent de fonctionner, offrant aux populations rurales l’accès à des innovations susceptibles d’améliorer leur résilience.
Au-delà de la diffusion des technologies, ces parcs jouent un rôle croissant dans la formation des jeunes. En 2024, 25 jeunes entrepreneurs agricoles issus de six pays ont bénéficié d’un soutien spécifique dans le cadre du programme « Jeunes dans l’agroalimentaire ». Une réponse au défi démographique : l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale comptent les populations les plus jeunes du continent, et l’agriculture reste la principale source d’emplois potentiels. « Ces parcs sont devenus des incubateurs naturels pour la prochaine génération d’agripreneurs. Les jeunes y trouvent des opportunités concrètes et acquièrent des compétences qu’ils peuvent mettre à profit dans leur propre entreprise », explique le Dr Caroline Makamto Sobgui, spécialiste de la mise à l’échelle au CORAF et première autrice de la note technique.
Un modèle à consolider
Ce dispositif n’est pas sans défis. La note technique identifie six conditions préalables à la réussite des parcs :
• une équipe pluridisciplinaire,
• une sélection rigoureuse des technologies,
• un ancrage institutionnel solide,
• un suivi et une évaluation continus,
• une communication stratégique et
• un environnement propice aux partenariats.
Autant d’exigences qui nécessitent des investissements humains et financiers importants. La question de la pérennité se pose également. Les parcs sont actuellement financés par plusieurs programmes internationaux — le Programme de résilience des systèmes alimentaires en Afrique de l’Ouest de la Banque mondiale (FSRP) et le projet TARSPro de la Coopération suisse. Leur pérennité au-delà de ces financements dépendra de la capacité des institutions nationales à développer des modèles économiques autonomes, notamment grâce à la vente de services et de semences.
Malgré ces incertitudes, les premiers résultats sont encourageants. En démontrant que la recherche agricole peut établir des partenariats productifs avec le secteur privé, les parcs technologiques et d’innovation agricoles offrent une voie prometteuse pour combler le fossé historique entre les laboratoires et les champs. Cette transformation est d’autant plus urgente que la région d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale devra doubler sa production alimentaire d’ici 2050 afin de nourrir sa population.