En Afrique de l’Ouest et au Sahel, le transfert des innovations agricoles vers les exploitations agricoles est encore insuffisant, limitant ainsi l’adoption des technologies, des variétés améliorées et des pratiques résilientes face au changement climatique. Pour accélérer le transfert des innovations vers les producteurs, le Programme de résilience du système alimentaire en Afrique de l’Ouest (FSRP), financé par la Banque mondiale et coordonné par le CORAF pour les activités de recherche et de développement agricoles, a soutenu la création de dix parcs des technologies et de l’innovation agricole dans neuf pays depuis 2023. Ces plateformes de démonstration facilitent la diffusion des innovations, renforcent les échanges entre les acteurs et favorisent le développement de partenariats et d’opportunités commerciales au service de la transformation agricole.
En Sierra Leone, le parc de technologie agricole inauguré en 2024, est situé Komrabai, dans le district de Port Loko et constitue une plateforme où chercheurs, agents de vulgarisation, producteurs, jeunes entrepreneurs et étudiants peuvent découvrir, expérimenter et évaluer les technologies agricoles dans des conditions réelles de production. Variétés améliorées de riz, de manioc et de maïs, techniques de gestion durable des sols, agriculture intelligente face au climat et innovations post-récolte y sont présentées afin de faciliter leur diffusion à grande échelle.
« Notre objectif est de faire sortir les résultats de la recherche des laboratoires pour les mettre entre les mains des producteurs », explique Dr Mohamed K. Mansaray, chercheur au Sierra Leone Agricultural Research Institute (SLARI). « Lorsque les agriculteurs observent directement les performances des nouvelles variétés ou des bonnes pratiques culturales dans un environnement similaire au leur, ils sont beaucoup plus enclins à les adopter. Le parc nous permet également de recueillir leurs observations afin d'améliorer continuellement nos technologies. »
Cette approche participative transforme la manière dont les innovations sont diffusées. Les démonstrations organisées au parc permettent aux producteurs de comparer les rendements, d'évaluer les coûts de production et d'échanger directement avec les chercheurs avant d'introduire ces technologies sur leurs propres exploitations.
Pour Mariama Kamara, productrice de manioc dans le district de Port Loko, la visite du parc a marqué un tournant. « Avant, je cultivais le manioc comme mes parents me l'avaient appris. Au parc, j'ai découvert de nouvelles variétés et des techniques de plantation qui produisent davantage avec moins de pertes. Aujourd'hui, je suis convaincue que l'innovation peut réellement améliorer les revenus de ma famille. Je partage désormais ces connaissances avec d'autres femmes de mon village. »
Au-delà de la démonstration des technologies, le Parc des technologies et de l'innovation agricole favorise le dialogue entre la recherche, les producteurs et le secteur privé. Il renforce les capacités des services de vulgarisation, accélère la diffusion des innovations et contribue aux objectifs de l'initiative nationale Feed Salone, qui vise à accroître durablement la production agricole et la sécurité alimentaire.
Au Togo, le Parc de technologies et d'innovations agricoles (Technoparc) de Davié de l'Institut Togolais de Recherche Agronomique (ITRA), a été créé en 2023 et permet aux producteurs, aux étudiants, aux entrepreneurs et aux partenaires techniques de découvrir, en conditions réelles, les technologies développées par les chercheurs. Variétés améliorées de riz, maïs, manioc ou soja, agriculture climato-intelligente, mécanisation, transformation agroalimentaire, élevage,
aquaculture ou encore valorisation des déchets agricoles : toutes ces innovations sont présentées à travers des démonstrations pratiques et des formations adaptées aux besoins des utilisateurs.
Pour le chef du Centre de recherche agronomique du Littoral (CRAL), le Technoparc répond à un défi majeur de transformer les résultats scientifiques en solutions concrètes pour les producteurs.
« Ici, les producteurs et productrices voient les technologies fonctionner, échangent directement avec les chercheurs et repartent avec les connaissances nécessaires pour les adopter dans leurs exploitations. C'est ainsi que la recherche produit un véritable impact sur le terrain. »
Cette approche participative favorise une meilleure appropriation des innovations. Chaque année, le Technoparc accueille autour de cinq cents visiteurs venus du Togo et d'autres pays d'Afrique de l'Ouest, tels que le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Nigeria. Les journées portes ouvertes, les démonstrations et les formations renforcent les capacités des producteurs et facilitent la diffusion des bonnes pratiques agricoles.
Le succès du modèle a conduit à la mise en place de technoparcs satellites à Sarakawa et Dapaong, rapprochant encore davantage les innovations des producteurs des régions septentrionales du Togo.
Créé en 2024 et pleinement opérationnel depuis 2025, le parc technologique satellite de Sarakawa, au nord du Togo, est devenu un véritable laboratoire à ciel ouvert au service de l'agriculture togolaise. Aménagé sur une superficie de quatre hectares, il met en démonstration des technologies innovantes destinées aux principales filières vivrières du pays, notamment le riz, le maïs, l'arachide, le manioc, le mil, le sorgho et les cultures maraîchères.
Sur le site, les producteurs peuvent comparer les performances des variétés améliorées, découvrir les itinéraires techniques recommandés et échanger directement avec les chercheurs et les équipes techniques. Cette proximité entre la recherche et les exploitations agricoles accélère le transfert des innovations et favorise leur adoption sur le terrain.
Pour Kossi Adzato, producteur de maïs venu visiter le parc avec sa coopérative, cette approche change profondément la manière d'apprendre.
« Avant, on nous parlait des nouvelles variétés sans que nous puissions réellement les voir. Ici, nous observons leur comportement au champ, nous comparons les rendements et nous recevons des explications des chercheurs. Cela nous donne confiance pour adopter ces technologies sur nos propres exploitations. »
Depuis son ouverture, le parc s'est imposé comme un centre de référence pour les producteurs, les organisations professionnelles, les techniciens et les partenaires du secteur agricole. En 2025, plus de 110 visites ont été enregistrées, confirmant l'intérêt croissant des acteurs pour les innovations qui y sont présentées.
Cette dynamique s'est encore renforcée en 2026. Les démonstrations réalisées sur les différentes spéculations suscitent un engouement grandissant, notamment autour des semences améliorées d'arachide.
Pour Memouna Taama, productrice d'arachide, la visite a rapidement débouché sur une décision d'investissement.
« Les parcelles de démonstration m'ont convaincue. Les plants sont plus vigoureux et la production paraît plus importante que celle de nos variétés habituelles. À la fin de la visite, j'ai acheté des semences améliorées pour les tester dès la prochaine campagne. Je suis convaincue qu'elles me permettront d'améliorer mes rendements et mes revenus. »
L'augmentation des achats directs de semences améliorées d'arachide à l'issue des visites constitue l'un des résultats les plus visibles du parc. Elle traduit la confiance grandissante des producteurs envers les technologies développées par la recherche et leur volonté d'investir dans des innovations capables d'accroître durablement la productivité de leurs exploitations.