Sénégal : Vers un vaste projet d’aménagement de 4700 ha de périmètres irrigués villageois en canaux maçonnés dans la vallée du fleuve
Dans le cadre de la mise en œuvre de la sous-composante 2.2 du Programme de résilience du système alimentaire en Afrique de l’Ouest (FSRP) relative au renforcement de la sécurité alimentaire régionale par la gestion intégrée des paysages (GIP), le FSRP en partenariat avec la Société d’Aménagement et d’Exploitation des Terres du Delta du Fleuve Sénégal et des Vallées du Sénégal et de la Falémé (SAED), engage un vaste projet d’aménagement de 4 700 hectares de périmètres irrigués villageois (PIV) en canaux maçonnés dans la vallée du fleuve Sénégal.
Dans un contexte de changement climatique marqué par des crues récurrentes et des infrastructures d’irrigation souvent vétustes, ce programme d’aménagement de 4700ha de PIV par le FSRP à Saint Louis et à Matam, vise à améliorer la sécurité alimentaire notamment par le développement accru de la riziculture et des productions horticoles grâce à des infrastructures d’irrigation durables et plus efficientes.
La durabilité de ces aménagements réside en effet, dans la modernisation des systèmes d’irrigation et de drainage. Jusqu’ici, les PIV étaient alimentés par des canaux en terre, souvent fragiles et sujets aux inondations. La solution d’irrigation mise en avant dans le cadre du FSRP repose sur la construction de canaux maçonnés en béton armé (radier, poteaux et raidisseurs) pour une meilleure durabilité et efficacité.
Les canaux maçonnés, une solution pour la durabilité des PIV
Le choix des canaux en maçonnerie comme solution d’irrigation découle de la problématique majeure relative à la nécessité d’entretien des ouvrages au niveau des périmètres irrigués villageois de la vallée. Le FSRP Sénégal a misé sur la réalisation d’un système d’irrigation qui se veut économe et durable.
Ces canaux sont constitués de parpaings en maçonnerie (parois) et d’éléments de consolidation de la structure réalisés en béton armé, tels que : la dalle de fond (radier) ; le chaînage supérieur ; les poteaux intermédiaires et les raidisseurs implantés à des intervalles définis. Sans compter les joints de dilatation pour la prévention des risques de fissuration de la structure, en cas de prévalence de tassements différentiels le long du tracé des canaux.
Au niveau des PIV, cette solution permet aux bénéficiaires de réduire le temps d’irrigation et les pertes d’eau par infiltration, d’augmenter le débit transporté pour garantir les besoins en eau et lutter ainsi contre le stress hydrique pouvant occasionner de faibles rendements.
Sur le plan économique, avec les canaux maçonnés, les charges d’entretien et de maintenance sont allégées du fait de la consistance de l’investissement initial, facilitant ainsi la maintenance des ouvrages par les bénéficiaires. Cette innovation avec une durée de vie d’au moins quinze (15) années, permettra également de réduire les frais liés au pompage.
Outre l’amélioration des réseaux d’irrigation, le FSRP prévoit la sécurisation des périmètres contre les inondations grâce au renforcement des digues et à la mise en place de protections adaptées. Le renouvellement et la modernisation des équipements hydrauliques sont aussi au cœur du projet, avec l’installation de nouveaux groupes motopompes (GMP).
Avec ces 4 700 hectares dont l’étude de faisabilité est en démarrage, la vallée du fleuve Sénégal s’apprête à devenir un modèle de gestion intégrée des ressources hydriques, au service de la sécurité alimentaire et du développement rural.
L'élément central de cette approche est la mise en place du modèle d'agriculture groupée dirigée par la communauté, qui promeut des pratiques agricoles durables et encourage les agriculteurs de diverses communautés voisines à consolider leurs efforts en vue d'une agriculture à grande échelle. Ce modèle rend le transfert de technologie plus efficace et plus productif, tout en favorisant la cohésion communautaire et l'utilisation efficace des ressources. Ces investissements ont conduit à des transformations significatives, comme en témoignent les bénéficiaires du projet.
En fait, le FSRP a non seulement fourni des intrants et un soutien à la mécanisation à ces agriculteurs, mais il a également facilité la transformation des connaissances pour des réponses adaptatives aux effets du changement climatique. Pour ce faire, il a organisé des visites de vulgarisation afin d'offrir des services de conseil et de diffuser des messages d'alerte précoce, qui sont au cœur de son effort de gestion intégrée des paysages. Cette initiative a prouvé sa pertinence lors des inondations généralisées qui ont touché les principales terres agricoles du pays au cours de la saison agricole 2024, entraînant une perte moyenne d'environ 15 % des exploitations. Comme l'a fait remarquer l'un des agriculteurs soutenus dans le district de Port Loko, cet effort a eu un impact considérable sur la résolution des problèmes de perte de récoltes pour les agriculteurs.
Isatu Sesay-Taklaneh, agriculteur à Magbota, dans le district de Port Loko, explique : "Des inondations majeures se produisent ici tous les cinq ans. Des inondations similaires se sont produites cette année et ont affecté les exploitations rizicoles, dont la mienne. Cependant, avant cela, notre capacité à répondre à ce problème était faible. Lorsque le FSRP a commencé à nous soutenir, nous avons demandé à la fourniture rapide de semences et d'engrais afin que le riz puisse être implanté avant toute inondation. Le programme a réagi rapidement en fournissant des services de mécanisation, des semences, des engrais et un soutien à la vulgarisation, y compris des messages d'alerte précoce. Cependant, la pénurie de main-d'œuvre a retardé l'ensemencement dans certaines parties du champ, qui ont davantage souffert des inondations.